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Les découvertes de l’Institut Curie à l’ASCO


Comme je l’ai déjà écrit, les plus grands experts de la cancérologie étaient réunis à Chicago pour le congrès international de l’American Society of Clinical Oncology du 1er au 5 juin dernier.

Cette conférence gigantesque est toujours le théâtre d’annonces importantes en termes de recherche et de traitements des cancers. Pour cette édition 2018, les spécialistes de l’Institut Curie ont présenté une quinzaine de travaux en sessions orales et en posters. Voici les découvertes les plus marquantes des experts de l’Institut Curie.

Une recherche très active en immunothérapie

Comme l’an dernier, l’immunothérapie a occupé une place de choix lors de cette grand-messe. Plus d’une centaine d’essais cliniques sont actuellement en cours dans le monde en matière d’immunothérapie.

Le Pr Christophe Le Tourneau, oncologue médical et chef du département des essais cliniques précoces à l’Institut Curie, a été l’organisateur d’une session durant laquelle il a présenté des avancées récentes en la matière, destinée à aider les praticiens à optimiser la prise en charge de leurs patients… notamment sur l’hyperprogression tumorale.

Si l’immunothérapie est très efficace chez 10 à 20 % des patients atteints de cancers, chez une majorité d’entre eux, ce traitement ne fonctionne pas. Il semble même que l’immunothérapie puisse avoir l’effet inverse dans certains cas ! L’équipe du Pr Le Tourneau a été une des trois premières au monde à rapporter ce phénomène. L’observation, à l’Institut Curie, d’un premier patient sous immunothérapie qui a vu sa maladie progresser de façon rapide après initiation d’une immunothérapie a été à l’origine d’un travail multicentrique (avec Gustave Roussy, le Centre Léon Bérard et le Centre Antoine Lacassagne) qui a permis de confirmer ce phénomène. « Depuis, une telle « hyperprogression » a été rapportée par plusieurs autres équipes.  Les chercheurs ont pu mesurer plus finement le problème. Les cas d’hyperprogression ont été rapportés chez 9% à 29% des patients mais l’immunothérapie est extrêmement efficace chez 10 % des patients, ce qui nous pousse à essayer au maximum de donner l’opportunité à nos patients de recevoir une immunothérapie. Christophe Le Tourneau a donc expliqué aux médecins comment réagir pour interrompre rapidement un traitement qui semble inefficace afin d’évaluer la situation et éventuellement en changer.

Cancer du sein : la pertinence de la radiothérapie

Une vaste étude européenne avec 15 ans de recul a confirmé la pertinence d’une radiothérapie des aires ganglionnaires pour les femmes atteintes de cancers du sein et dont les ganglions axillaires (sous l’aisselle) sont atteints ou dont la tumeur est située du côté médial (près des ganglions du sternum).

Le Pr Philip Poortmans, chef du département de radiothérapie-oncologie de l’Institut Curie  et investigateur principal de cette étude, a présenté ces résultats détaillés. De quoi donner à tous les oncologues les arguments pour faire le meilleur choix thérapeutique pour leurs patientes.

Il y a 30 ans, toutes les femmes concernées par ce type de cancers se voyaient proposer une radiothérapie des zones ganglionnaires, pour limiter les risques de propagation de la maladie. Mais à la fin des années 1980, une étude a mis en évidence chez ces patientes une mortalité accrue, due à la radiothérapie. Pour y voir plus clair, plusieurs médecins dont le Pr Poortmans, alors à l’hôpital Verbeeten à Tilburg, aux Pays-Bas, et le Dr Alain Fourquet, ancien chef du département de radiothérapie-oncologie de l’Institut Curie, ont lancé une vaste étude randomisée. Entre 1996 et 2004, 4 004 patientes sont incluses dans 43 centres en Europe. La moitié d’entre elles reçoivent cette radiothérapie des ganglions, les autres non. Les premiers résultats à 10 ans avaient montré un avantage, certes limité, mais significatif, de la radiothérapie. C’est aujourd’hui les résultats à 15 ans qui ont été présenté par le Pr Poortmans et ils confirment l’intérêt de ces traitements. Avec la radiothérapie, la mortalité globale des patientes baisse de 73,2 % à 70,8 ; la mortalité par cancer du sein et le risque de rechute diminuent de même.

Une méta-analyse regroupant les résultats des différentes études concernant plus de 14 000 patientes est en cours de rédaction par une équipe d’Oxford, incluant le Pr Poortmans. Elle devrait permettre d’affiner ces informations et de mieux comprendre quelles patientes doivent bénéficier de la radiothérapie. Et notons qu’au cours de ces dernières décennies, le diagnostic de plus en plus précoce des cancers du sein a fait baisser le taux d’atteinte ganglionnaire de 40 à 25 %, ce qui évite autant de ces radiothérapies controversées.

Rétinoblastome : éviter les énucléations

Comme vous le savez, en tant que pédiatre, je suis toujours avec un intérêt particulier les résultats liés aux cancers de l’enfant. Le rétinoblastome est un cancer rare de l’œil qui atteint les très jeunes enfants, le plus souvent avant l’âge de cinq ans. Depuis 25 ans, chimiothérapies et traitements locaux (par laser) ont permis de faire reculer les énucléations et les radiothérapies jusqu’alors souvent nécessaires. Mais préserver la vie, la vue et le futur de ces très jeunes patients reste un enjeu majeur. Le Dr Isabelle Aerts, pédiatre à l’Institut Curie, a présenté les résultats d’une étude sur une autre alternative thérapeutique : la chimiothérapie artérielle. Il s’agit d’administrer une chimiothérapie dans l’artère ophtalmique, petite artère nourricière de l’œil, via un cathéter introduit par l’artère fémorale puis guidé jusque dans l’artère ophtalmique. Cela permet de délivrer une petite dose de chimiothérapie, directement auprès de l’œil, évitant les toxicités liées aux fortes doses et à la dissémination du médicament dans l’organisme.

La technique date des années 1980, mais avait été abandonnée à cause de trop nombreuses complications. Aujourd’hui, les progrès accomplis par le cathétérisme l’ont remise au goût du jour au niveau international et son étude montre qu’elle est faisable et généralement bien tolérée. L’Institut Curie est un des rares établissements au monde à mener des études prospectives sur un cancer rare comme le rétinoblastome et il est reconnu pour cela. Ces résultats ont donc une valeur importante pour la communauté médicale.

Sarcomes : de l’intérêt d’être pris en charge dans un centre de référence

Les sarcomes rétropéritonéaux de l’abdomen sont des tumeurs cancéreuses qui peuvent atteindre des tailles parfois importantes et englober différents organes. La chirurgie est donc complexe.

Dans une récente étude nationale, le Dr Sylvie Bonvalot, chef de l’unité de chirurgie des sarcomes et tumeurs complexes à l’Institut Curie, a démontré l’importance d’être pris en charge dans un centre de référence dès le début pour ce type de tumeur rare. L’étude a porté sur 1286 patients atteints d’un sarcome rétropéritonéal et opérés de la maladie initiale entre 2010 et 2016. Environ 1/3 des patients sont opérés dans un centre expert et les deux tiers sont encore opérés en dehors d’un centre expert.  La survie globale à 5 ans est meilleure de 20% dans les centres experts, même si les rechutes ultérieures y sont traitées. Cela souligne l’importance fondamentale d’un traitement chirurgical initial bien fait par un chirurgien expérimenté dans ce domaine particulier. Conscient de l’importance de la formation des chirurgiens dans ce domaine, l’Institut Curie organise tous les deux ans le congrès E-surge, créé par le Dr Bonvalot. Le but est de former les chirurgiens européens grâce à des retransmissions en direct de la chirurgie de ces tumeurs couplées à des cours théoriques. Un diplôme d’Université a également été mis sur pied par le Dr Bonvalot depuis deux ans à l’attention des médecins français prenant en charge ces patients.

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