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Hommage à Jacqueline et Roland DE PURY


Hier au Conseil Municipal, à l’occasion du vote de la nouvelle « rue Jacqueline et Roland De Pury » à la Confluence dans le 2ème arrondissement, j’ai rendu hommage à ce couple protestant, Justes parmi les Nations en 1976.

Ci-dessous, mon propos en intégralité :

« ENFIN !! C’est le mot qui s’impose puisque 77 ans après, Lyon honore enfin le pasteur Roland de PURY qui fut dès le 14 juillet 1940 une des premières voix à parler haut et fort dans ce qui deviendra la capitale de la Résistance. Je me réjouis que sa femme, Jacqueline, soit fort justement associée à cet hommage.

Nous sommes en effet en juillet 1940 dans l’Allemagne nazie, dans l’Europe occupée, dans la France de Vichy et les principaux lieux et médias d’une expression publique libre ont été supprimés contrôlés ou pervertis. La première voix de cette Résistance, ce sont les 8 députés et sénateurs du Rhône qui, en juin 1940, ont  refusé les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.

La Résistance s’organise autour d’Henri FRENAY qui crée à Lyon le mouvement COMBAT, mais cette résistance est interdite, souterraine et elle ne touche à cette époque qu’une minorité de convaincus.

Les seuls lieux peut-être qui ont joui tout au long des années 40 d’une existence officielle, d’une forme d’autonomie, d’une fréquentation large continue et diversifiée ont été les lieux de culte.

On dit toujours que les églises ont commencé à intervenir en 1942, lorsque le 7 juin le port de l’étoile jaune est entré en vigueur.

Cette date de l’intervention officielle des représentants des différentes églises auprès de Vichy est exacte mais il est important de retrouver dans les archives les sermons dans les différentes églises qui sont bien antérieures à cette date de 1942.

Roland de PURY qui a rédigé sa thèse avec Karl BARTH, l’un des plus célèbres théologiens allemands, prononce le plus célèbre de ses sermons le 14 juillet 1940 et dès ce jour-là tout est dit. Il arrive à énoncer des choses vraiment importantes :

« Vous me direz, tout de même, après ce qu’elle a souffert, la France n’a pas volé ce peu de paix qu’elle a maintenant ?

A non certes, et ce n’est en tout cas pas moi qui pourrait le dire, mais cette relative tranquillité que nous avons maintenant devrait-elle nous faire oublier que d’autres, avec un courage inlassable, continuent à se battre, et que des amis vont avoir à souffrir infiniment plus peut-être que la France n’a souffert.

Ce souffle que tu reprends aujourd’hui, prends garde de ne pas le dérober à ceux qui vont étouffer sous les bombes et sous les gaz.

Et encore ….

La France morte on pourrait pleurer sur elle, mais la France qui trahirait l’espoir que les opprimés mettent en elle, la France qui aurait vendu son âme, renoncé à sa mission d’accueil, nous aurait dérobé jusqu’à nos larmes, elle ne serait plus la France.

Et aussi ….

[...] les gens ne se demandent plus si cette guerre était juste, ils regrettent de l’avoir faite parce qu’ils l’ont perdue. Comme si la défaite enlevait à la lutte son caractère de justice, comme si le succès était la mesure de la vérité [...]

Est-ce que l’on penserait cela si l’on était des vainqueurs ?

Mais alors c’est la victoire qui donne raison et la défaite qui donne tort ? C’est le succès qui détermine la vérité ? [...]

Si la France, parce qu’elle est défaite, se met à douter de la justice, de cette lutte qu’elle a menée et si par conséquent, intérieurement,  elle étouffe sa mission de justice, alors elle est pire que morte, elle est décomposée, elle est mûre pour toutes les infamies et qu’est-ce qui l’empêchera alors d’entreprendre une guerre injuste si elle est sûre de s’en tirer à meilleur compte ».

A l’issue de ce sermon, une dame est venue trouver Roland de PURY, le visage décomposé par la colère pour lui dire que lui qui était Suisse, neutre, ne devait pas juger les Français et que le Maréchal avait raison.

Roland de PURY raconte qu’il en était très malheureux et qu’il se posait la question de savoir s’il devait rester pasteur à Lyon, mais juste après, une dame  lui dit en pleurant sa reconnaissance pour ce qu’elle venait d’entendre. Et André PHILIP prit le pasteur dans ses bras.

Berty ALBRETCH et Henri FRENAY assistaient  au sermon de Roland de PURY et dans le magnifique livre « La nuit finira » Henri FRENAY dit : « Quelle joie était-ce pour nous que d’écouter cet homme dire à haute voix devant un nombreux auditoire et en termes à peine différents ce que nous écrivions dans nos feuilles clandestines ».

Voilà, cher-e-s Collègues, à qui vous allez aujourd’hui rendre hommage en donnant son nom à cette rue du 2ème arrondissement.

Bien sûr, je regrette que l’on n’ait pas débaptisé la rue Lanterne, parce que le pasteur de PURY, c’était le pasteur de la rue Lanterne, mais 77 ans après, nous n’avons pas à faire la moue devant cet hommage mérité de notre Ville et je souhaite remercier Gérard COLLOMB et Georges KEPENEKIAN et bien sûr Jean-Dominique DURAND et Denis BROLIQUIER de l’avoir fait.

Monsieur le Maire, pour terminer, je voudrais dire à quel point je me réjouis que 77 ans après la Capitale de la Résistance puisse honorer celui qui fut, je crois, l’un des premiers résistants, l’un des hommes emblématiques parmi les résistants et surtout l’un des premiers, dès 1940, à n’accepter aucun compromis et à dire le chemin qui était celui de la vraie France, celle que les lyonnais ont retrouvée en septembre 1944, une France dont on pouvait être fière grâce à des Justes comme Roland et Jacqueline de PURY. »

Je vous remercie.

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