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60 ans du Centre Léon Bérard à Lyon 8ème


Samedi 26 mai à la préfecture devant 250 personnes, le Préfet, le Maire de Lyon et le Président de la Métropole, nous avons fêté les 60 ans du Centre Léon Bérard sur le site actuel (la création du Centre date de 1923).

On m’avait demandé de revenir sur l’historique et sur mes 20 ans de direction. J’ai essayé en 15 minutes de répondre à la demande et je reproduis ici ma prise de parole.

“Il y a longtemps, Odile Schweissguth qui a fondé l’oncologie pédiatrique en France m’avait dédicacé une photo où nous étions en train de ramasser des champignons ensemble de la façon suivante : « Du monument du passé à la gloire du futur ».

Parlant aujourd’hui avant Alain Puisieux et Jean-Yves Blay c’est-à-dire avant les « gloires du présent », je me sens un peu « du passé » et pourtant j’ai toujours pendant toute ma carrière regardé uniquement vers l’avenir.

Je vais vous aider à comprendre que l’avenir se bâtit pas à pas et qu’il est bon de se retourner sur ses racines aux dates anniversaires. Vous verrez aussi que le destin est parfois capable de mélanger le passé et l’avenir.

J’ai passé 37 ans au Centre Léon Bérard, 20 ans à la direction du centre et je suis aujourd’hui le président de l’Institut Curie.

Commençons donc par la fin car c’est aussi le début.

Au début de l’ère moderne de la Cancérologie au début du XXème siècle, il y a Marie Curie et un lyonnais Claudius Regaud. Avant Marie Curie, seule la chirurgie pouvait guérir le cancer. Marie Slodoska Curie c’est, vous le savez tous, la première femme docteur en sciences en France, la première femme à avoir eu le prix Nobel, la première femme à avoir eu deux fois le prix Nobel, la première femme professeur à la Sorbonne, la première femme à être entrée au Panthéon. C’est surtout celle qui a découvert la radioactivité et donc permis la curiethérapie et le traitement du cancer par la radiothérapie. C’est aussi avec les « Petites Curie » pendant la guerre, ces voitures réquisionnées et transformées en plateau technique, celle qui a permis à la radiologie de devenir un outil pour les chirurgiens. Cela permet de rappeler que le prix Nobel de Pierre et de Marie Curie a été un prix Nobel à trois avec Wilhelm Röntgen l’inventeur réel de ce qui a permis d’arriver à la radiologie.

Claudius Regaud, lui, en 1911 à 41 ans c’est un spécialiste reconnu de l’action des radiations sur le tissu cancéreux et c’est lui qui fait des curiethérapies minutieuses sur les tumeurs inopérables de son ami Léon Bérard.

Il est aidé sur le plan technique par son ami Auguste Lumière et il invente le fractionnement et l’allongement des temps de traitement et il devient la référence en radiothérapie. C’est pour cela que le directeur de l’Institut Pasteur de Paris, le Professeur Roux lui propose la direction d’un nouvel institut, l’Institut du Radium qui va devenir le 27 mai 1921 la Fondation Curie, donc grâce à un lyonnais passionné d’alpinisme. Il y a d’ailleurs un pic Regaud dans les Alpes qui fait 3249 m et, avant la guerre, c’est l’appareil de curiethérapie du constructeur Massiot et Cie mis au point par Claudius Regaud qui s’est imposé.

C’est à ce moment-là qu’arrive Léon Bérard (diapo 1) qui, en 1923, lors du 25ème anniversaire de la découverte du Radium installe sous le dôme de l’Hôtel Dieu la première bombe au cobalt à Lyon et très vite avec les chirurgiens ils vont travailler ensemble et il va rester entre 1923 et 1940 le patron du Centre du Cancer de Lyon qui devra beaucoup à la générosité d’Auguste Lumière qui a financé le matériel de radiothérapie sous le dôme de l’Hôtel Dieu mais qui a aussi créé un centre pour les patients l’hôpital « le Bon Abris » qui était rue Mistral. Il assistait Léon Bérard dans ses cours universitaires, lui servait de chauffeur et donc vous voyez le rôle essentiel joués par Marie Curie mais aussi par les lyonnais Claudius Regaud et Auguste Lumière.

En 1933, le centre déménage de l’Hôtel Dieu pour aller au pavillon B à l’hôpital Edouard Herriot.

En 1940, René Leriche ( diapo 2) chirurgien connu dans le monde entier devient le directeur du Centre du Cancer et Marcel Dargent est chef de service de Chirurgie. René Leriche qui refusera dans un premier temps le poste de Ministre de la Santé de Pétain acceptera la présidence du conseil de l’ordre en 1941 et c’est pour cela que vous le voyez disparaître progressivement de l’histoire en 1940 parce qu’il a laissé la place de directeur à Paul Santy et, en 1944, parce qu’il est éloigné pour cause de Pétinisme car le conseil de l’ordre c’est aussi les lois anti juives et donc de véritables choses qui n’étaient pas pardonnables.

Paul Santy est donc le directeur en 1941. C’est lui qui est directeur en 1945 lorsque le général de Gaulle crée la sécurité sociale et les centres de lutte contre le cancer. L’ordonnance du 1er octobre 1945 crée des Centres de Soins, de Recherche et d’Enseignement, pluridisciplinaires, chargés du dépistage avec un conseil d’administration extrêmement souple, présidé par le préfet, constitué de 12 personnes seulement. Le directeur est médecin. La gestion est de type privé ce qui ne sera définitivement confirmé qu’en 1961 par un arrêté du tribunal des conflits de Rennes et c’est avec Paul Santy que se décide la construction du Centre dans sa localisation actuelle qui est donc inauguré en 1958.

Il prend le nom de « Centre Léon Bérard » et c’est Marcel Dargent (diapo 3) qui va le diriger de 1958 à 1972. On peut noter que la première pierre avait été posée en 1950, que l’inauguration est du 19 mai 1958 et que la dernière tranche est terminée en 1959.

Vous avez sur la diapositive (diapo 4) le Centre tel qu’il se présentait en 1958. Sur la suivante, le centre en 1959 ( diapo 5). Donc, vous voyez que cela ne ressemble pas au quartier actuel mais que le centre c’est celui que beaucoup d’entre-nous ont connu. Le boulevard Jean XXIII n’existe pas. Le centre s’agrandit en 1962 (diapo 6), puis en 1964 (diapo 7) le boulevard Jean XXIII apparait.

Le professeur Marcel Dargent décède dans un accident de la route. Emile Pommatau (diapo 8.) le premier médecin à diriger le centre n’a jamais été officiellement directeur mais il a fait un long intérim entre 1972 et 1974 après la mort de Marcel Dargent et avant l’arrivée du professeur Marcel Mayer qui dirigera le centre de 1974 à 1989.

Marcel Mayer créera le service de pédiatrie, de curiethérapie, le service de Jour, le service de greffe de moelle osseuse, de pharmacocinétique. C’est sous son autorité qu’arriveront les premiers accélérateurs, les premiers scanners, la première unité INSERM et, en 1980, le centre ressemble à ce que vous voyez sur la diapositive (diapo 9) et c’est le centre que nous avons, pour beaucoup d’entre-nous, connu à notre arrivée.

Marcel Mayer quittera ses fonctions pour son départ à la retraite en 1989 et j’ai été nommé directeur le jour exactement de mes 40 ans.

J’étais arrivé au centre en 1979, pédiatre pour travailler avec Maud Brunat-Mentigny que je salue dans la salle. On n’avait pas de quoi me payer un poste à plein temps. J’ai donc fait à la fois un mi-temps de la pédiatrie et un mi-temps de l’adulte. C’est comme cela que j’ai créé un service de greffe de moelle osseuse et un laboratoire qui était reconnu au niveau international et que j’ai fait beaucoup d’hématologie adulte avec mon complice, Pierre Biron. J’étais convaincu qu’un chirurgien n’était pas forcément le meilleur candidat pour tracer l’avenir de la cancérologie. J’ai cherché à trouver quelqu’un à l’extérieur et finalement après un certain nombre de péripéties je me suis retrouvé candidat, élu avec la confiance des médecins et du conseil d’administration.

Lorsque je suis arrivé, le diagnostic était que le Centre était « une bonne clinique » qui soignait bien les malades mais qui avait une seule unité de recherche fondamentale, une recherche de transfert inférieure à 10 personnes, une recherche clinique embryonnaire, des consultations avancées faites par les chirurgiens qui avaient progressivement isolé le centre Léon Bérard car les chirurgiens faisaient « leur marché » et donnaient l’impression de détourner les malades. Il n’y avait pas de vraie pluridisciplinarité. Les traitements pour des malades identiques étaient différents d’un étage à l’autre et le centre avait besoin absolument de se transformer.

Si on veut résumer les choses de façon succincte, on peut dire que ma première volonté a été d’ouvrir le centre sur l’extérieur en faisant évoluer les consultations avancées.

C’est comme cela que nous avons créé progressivement le réseau ONCORA qui est devenu officiel en 2001 et qui comportait 45 établissements, lesquels avaient décidé de travailler ensemble pour faire en sorte qu’il n’y ait pas de perte de chances quel que soit l’endroit où le malade allait taper à la porte dans la région Rhône-Alpes.

J’ai dirigé Oncora pendant très longtemps avec l’aide de Fadila Farsi et de Pierre Biron. Il y avait un axe qualité - accréditation - labellisation, un axe qualité des soins - prise en charge globale, un axe observatoire de l’activité de la cancérologie, un axe Système d’Information et un axe administration.

La deuxième action totalement liée à la réflexion régionale globale peut être importante qui restera de mes vingt ans c’est que j’ai créé les Soins à domicile et surtout l’hospitalisation à domicile régionale comme un modèle de la prise en charge globale. Les malades restaient de moins en moins longtemps à l’hôpital. La vision que j’avais de la cancérologie c’était bien sûr les départements des différentes spécialités chirurgicale, radiothérapie, chimio, etc… mais aussi l’arrivée de ce que l’on appelle aujourd’hui le DISSPO et la nécessité de se relier à la Ville et c’est ce que nous avons fait avec l’hospitalisation à domicile grâce en particulier à une action assez extraordinaire d’Yves Devaux que je tiens à mentionner. Aujourd’hui nous sommes la seule HAD régionale de cancérologie en lien direct avec un hôpital qui ne fait que de la cancérologie.

Le résultat de ces deux premières actions c’est que, entre le Centre de 1980 qui avait 2500 nouvelles tumeurs par an et celui de dix ans après qui en recevait presque 5000, et bien il y avait eu une évolution et nous étions devenus la plaque tournante de la cancérologue en Rhône-Alpes.

Les CHU ont réagi en créant un réseau qui s’appelait Concorde. Grenoble a créé un réseau également, l’ARC Alpin et nous avons finalement réussi à garder notre philosophie et a regroupé tout cela sous un nom unique.

n Le troisième point, c’est que l’ouverture s’est faite aussi vers les autres centres avec le travail de la Fédération Nationale des Centres de Lutte contre le Cancer (aujourd’hui, UNICANCER) que j’ai présidé et qui a créé ONCOFRANCE, le consortium des centres, l’organisation européenne des Instituts du Cancer et qui a été, je crois, aussi un moment de l’histoire où les lyonnais ont joué un rôle important alors que les centres étaient vraiment menacés.

Nous avons également ouvert le centre vers les Hospices Civils de Lyon avec en particulier Lyon cancérologie Universitaire dont le fleuron est l’Institut d’Hémato et Oncologie Pédiatrique qui a regroupé sur deux sites l’oncologie pédiatrique lyonnaise avec tout ce qui est cancérologie hémato -radiothérapie sur le site du centre et tout ce qui est chirurgie et consultations sur le site de l’hôpital d’enfants. Merci à Christophe Bergeron, Didier Frappaz, Perrine Marec Berard d’avoir fait de ce projet emblématique un succès. Nous fêtons aujourd’hui aussi les dix ans de l’IHOP

n Le quatrième point sur lequel je veux et je dois insister, c’est la rénovation du mode de fonctionnement et de l’architecture du Centre.

J’ai beaucoup travaillé d’abord sur le recrutement de jeunes cancérologues. Vous en écouterez deux avec Jean-Yves et Alain dont je suis très fier comme je suis fier aussi de Christian Carrie, Michel Rivoire, Emmanuel Delay, Pierre Meus, Hervé Rosay, Catherine et Henri Sebban, Jean-Pierre Droz, Jean-François Latour, Pierre Saltel le premier psychiatre nommé dans un centre, Philippe Thiesse, les Pédiatres et de ceux que j’ai déjà cités, de Béatrice Fervers, Gisèle Chvetzoff, Patrick Mehlen, Christine Lasset et de tous les autres que je m’excuse de ne pas nommer.

Jean-Robert Greslin, Alain Pachoud, Anne-Marie Teller et Bernard Fontanière ont aussi joué, avec toute l’administration, un rôle important.

Le cœur de cette révolution du mode de fonctionnement c’est grâce à Franck Chauvin, longtemps mon numéro 2, la mise sur pied dans les années 1980 d’un dossier informatisé, puis avec Thierry Durand du DPPR et du système d’information régionale.

Il faut citer encore les essais cliniques qui se sont structurés avec Frédéric Gomez, la communication créée autour de Nathalie Blanc, l’économie de la santé avec Lionel Perrier, Cancer Environnement avec Béatrice Fervers, la collecte de fond avec Elise Tabet, la douleur avec le DISSPO et bien sûr la structuration de la qualité avec les premières certifications.

Nous avons aussi transformé l’architecture du Centre avec plus de 300 millions d’euros de travaux que Sylvie Négrier a terminé après 2009 avec le CSA. Il ne reste plus rien du Centre de 1958 sauf 1,50 m en radiothérapie que j’avais baptisé « Paris Roubaix ».

Le cinquième point, mais on pourrait encore en citer beaucoup d’autres comme la crèche par exemple ou la création de la Maison des Parents ALBEC dont je suis fier, c’est que le centre de Soins dont j’ai parlé au début est aujourd’hui associé à un vrai centre de Recherche et c’est ce dont vous parlera Alain Puisieux (diapo 10). Je veux juste en ce qui me concerne vous montrer le Centre de 1958, puis la constitution des bâtiments Cheney A-B- C et D (diapo 12), en terminer en disant un mot du Cancéropole (diapo 13). J’ai été également à l’initiative de la création de ce réseau (diapo 14) qui regroupe des chercheurs, des cliniciens, des universitaires et des industriels pour lutter contre le cancer et qui aujourd’hui bien ancré aussi dans le paysage.

Enfin, pour introduire ce chapitre Recherche, il faut dire un mot du conseil scientifique et surtout de son président, mon ami Thomas TURSZ qui vient de nous quitter. Il a joué un rôle essentiel à la FNCLCC et à l’OECI avec moi, il était encore administrateur du Centre Léon Bérard. C’était un homme honorable qui va beaucoup nous manquer.

Pour moi, l’histoire s’est arrêtée en 2009. J’ai été remplacé par Sylvie Négrier, puis par Jean-Yves Blay. Les deux ont été mes collaborateurs et mes élèves. Je sais que le Centre est entre de bonnes mains.

J’espère que cette petite incursion dans le passé vous a permis de comprendre les fondations de la maison où vous travaillez actuellement. Cette maison, elle a d’abord des valeurs, elle a une histoire. Vous pouvez en être fiers.

Un dernier mot pour dire deux choses :

- D’abord, le rôle important joué par les bénévoles au Centre et par les associations au premier rang desquelles il faut citer la Ligue et bien sûr l’aide constante, malgré les difficultés économiques, des collaborateurs et du directeur de l’Agence Régionale de Santé.

- Ensuite, l’importance de la présidence par le Préfet de Région car nous savons ici ce que c’est que des grands serviteurs de l’Etat et ils participent pleinement à la diffusion des valeurs du service public au cœur de notre identité.

Je vous remercie de préserver ces valeurs, cette histoire et cette fierté.”

26mai-2018-60-ans-clb

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